Le Gouvernement de la République du Mali a exprimé à de nombreuses occasions son intérêt pour sa diaspora, il en est ainsi de la création du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur (HCME) 1991, de la Délégation Générale des Maliens de l’Extérieur (DGME) en 2000, d’un Ministère Délégué chargé des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine en 2002 et du Ministère des Maliens de l’Extérieur et de l’intégration Africaine 2004.
Les 30-31 mars et 1er avril 1996, le Gouvernement du Mali a organisé le 1er forum des opérateurs économiques maliens de l’extérieur sur la participation des migrants au développement de leurs pays d’origine.
Dans la même lancée, le Ministère délégué chargé des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine a organisé du 13 au 17 octobre 2003 le Forum de la Diaspora. Ce Forum, qui a regroupé pendant cinq jours les Maliens de l’extérieur, constituait à l’époque un signal fort lancé par le Gouvernement en direction de nos compatriotes de la diaspora. Les recommandations de ces deux rencontres militaient en faveur de la mise en œuvre d’un plan d’action concerté pour régler durablement les problèmes qui se posent aux émigrés maliens, notamment le transfert des fonds, l’investissement dans le tissu socioéconomique.
Nos compatriotes vivant à l’extérieur le méritent amplement pour la simple raison que selon une étude de la BAD publiée en janvier 2008, le total des flux financiers en provenance des Maliens de l’Extérieur se chiffrerait à environ 300 milliards de francs CFA par an, soit 79% de l’aide publique au développement du Mali.
Avec l’aggravation de la récession, la Banque Mondiale a revu à la baisse ses prévisions concernant les transferts de fonds des migrants en 2009 dans le monde. Toutefois en dépit de cette baisse de 5 à 8 %, les transferts de fonds resteront supérieurs aux flux des capitaux privés, qui devraient diminuer de moitié, ainsi qu’à l’aide publique au développement, qui s’élève à environ 100 milliards de dollars.
Le Programme pour le Développement Economique et Social (PDES) du Président de la République, Son Excellence Amadou Toumani TOURE donne à la diaspora malienne un rôle et une place de choix dans le processus de développement économique, social et culturel du Mali.
Cette volonté politique réaffirmée dans la lettre de cadrage de l’action gouvernementale, constitue la base sur laquelle le Premier Ministre a défini les missions assignées au département chargé des Maliens de l’Extérieur en matière d’implication de la diaspora dans la dynamique de développement de notre pays.
La contribution que peuvent apporter les maliens de l’extérieur au développement économique du pays aux niveaux local, régional et national est de mieux en mieux établie et reconnue. Ils participent à la réduction de la pauvreté et à l’accélération de la croissance.
Mais force est de constater que le volume des investissements productifs réalisés par nos compatriotes de l’extérieur est insignifiant.
En effet, l’essentiel des transferts d’argent sont destinés à l'entretien de la famille.
Selon les statistiques à disposition du Ministère des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine, la diaspora malienne venant seulement de la Région de Kayes vivant en France contribue au développement du pays avec un apport financier annuel de 160 milliards de francs CFA. Les établissements financiers en France dénombrent plus de 100 000 comptes d’immobilisations financières appartenant à des émigrés maliens, et dans seulement dans une Banque du Mali sont épargné 17 milliards de Francs CFA des maliens de l’extérieur, ce qui participent
à la stabilisation des établissements financiers locaux.
Sur le plan économique, cette situation engendre un manque à gagner considérable pour le pays en raison de la mauvaise allocation des ressources de ces transferts de fonds par rapport aux objectifs nationaux de développement. Aussi, pour lever ces contraintes et faire du migrant malien un agent actif du développement, l’Etat devrait mettre en place un Programme de valorisation de l’investissement des Maliens de l’Extérieur « PVIME ». D’où l’esprit de ce présent forum.
L’enjeu est, pour notre pays, de poursuivre et d’accélérer son développement économique afin que son marché du travail puisse absorber les très nombreux jeunes qui pourront bénéficier des investissements. Pour cela, le pays a besoin de l’apport financier de sa diaspora avec des projets porteurs afin d’accélérer la modernisation de notre économie et son rythme de croissance. Il en a les atouts avec les changements opérés en termes de perspective de développement pour faciliter l’investissement : un environnement juridique mieux balisé et un Code des investissements très attractif. Mais, bien que ces atouts militent en faveur de nos compatriotes pour venir investir au pays, ils demeurent cependant bloqués par certaines réalités sur le terrain, entre autres, la lourdeur et les tracasseries administratives, le coût de l’électricité pour ceux qui veulent investir dans le domaine des industries, etc. Il importe donc d’instaurer la confiance entre nos migrants qui veulent investir et le monde des affaires du Mali. Par ailleurs, seulement 14% des immigrés maliens, effectuant des transferts, envoient des fonds vers le pays d'origine pour que ceux-ci soient placés sur un compte bancaire.
L’expérience sur le terrain a prouvé que l’effort des Maliens de l’Extérieur, est appuyé par une volonté politique forte du Président de la République et du Gouvernement depuis 1991, et doit être concrétisée par une véritable stratégie d’implication de la diaspora malienne, à travers des initiatives sur la question du domaine d’investissement. Par le passé, des structures spécialisées des pays d’accueil ont tenté sans grand résultat d’aider les émigrés parce que :
- il s’agissait de projets orientés dans un sens unique et prédéfinis pourvu que ce soit le retour définitif de l’émigré dans son pays d’origine ;
- les émigrés n’avaient pas d’enthousiasme pour les projets qui ressemblaient plus à des camisoles de force. L’Etat du pays d’origine (ministère, collectivités locales) n’était pas responsabilisé d’où l’absence d’un cadre juridique et institutionnel qui limite les dérapages et les détournements d’objectifs ;
- il manquait à ces programmes une touche professionnelle de la part du secteur privé local ;
Ainsi, pour renforcer le rôle des Maliens de l’Extérieur dans le processus de développement du pays et tirer pleinement parti du fait migratoire et en faire un véritable levier de développement, il importe de créer les conditions d’une participation accrue des migrants à ce processus. En cela, notre Gouvernement a des responsabilités à assumer tant individuellement que collectivement et ce, dans le cadre d’un partenariat dynamique avec les pays d’accueil. Une implication à distance, un retour temporaire ou un retour définitif éventuel de nos migrants, suppose des dispositions en amont de la part du Gouvernement.
Tenant compte du fait que tous les Maliens de l’Extérieur ne sont pas des investisseurs, il importe de cibler ceux-là qui ont des potentiels d’investissement importants et les amener à investir dans le pays, contribuant ainsi au développement des secteurs vitaux de notre économie.
Une politique d’appui à l’investissement des migrants maliens est une nécessité absolue et doit figurer en bonne place parmi les actions prioritaires du département. Il serait donc souhaitable d’intégrer nos migrants dans le monde des affaires en travaillant notamment à l’optimisation de leurs investissements au service du développement économique du pays, et créer les conditions d’un partenariat entre les Maliens de l’Extérieur et les opérateurs économiques maliens dans le cadre d’un partenariat gagnant-gagnant. La tenue de ce forum fournira, à n’en pas douter, une base scientifique et solide pour d’autres actions non moins importantes du département.
Ainsi, les questions essentielles qui constituent pour nos investisseurs potentiels de la diaspora, des préoccupations majeures doivent à travers l’organisation de ce forum, dans le cadre d’un examen approfondi, trouver des solutions adéquates. |